Partager l'article ! "La Leçon" d'Eugène Ionesco: Ils ne sont plus que trois, comédiens. Seuls, dans un monde dévasté par la guerre. Et malg ...




"Il ne faut pas uniquement intégrer. Il faut aussi désintégrer. C'est ça la vie. C'est ça la philosophie. C'est ça la science. C'est ça le progrès, la
civilisation"
" Ecoutez-moi, Mademoiselle, si vous n'arrivez pas à comprendre profondément
ces principes, ces archétipes arithmétiques, vous n'arriverez jamais à faire un travail de polytechnicien. Encore moins
ne pourra-t-on vous charger d'un cours à l'ecole polytechnique...ni à la maternelle supérieure.
[...]"
"Si vous émettez plusieurs sons à une vitesse accélérée, ceux-ci s'agriperont les uns aux autres automatiquement, constituant ainsi des syllabes, des mots, à la rigueur des
phrases, c'est-à-dire des groupements plus ou moins irrationnels de sons dénués de tous sens, mais justement pour cela capables de se maintenir sans danger à une altitude élevée dans les
airs."
IONESCO VERSION CARTOON
Un des classiques du « théâtre de l'absurde » nous est donné en version carrément cartoonesque. Il est manifeste que le « non sense » sur quoi
repose la démarche de cette oeuvre n'est pas sans ressembler furieusement à celui qui préside à l'esprit des dessins animés américains de la grande période, façon Tex
Avery.
L'argument de départ est bien connu : une jeune fille vient chez un professeur pour une leçon particulière. Mais comme
l'indique la scène prémonitoire en préambule, cela ne peut que mal finir car c'est bien de meurtre qu'il s'agit, sauf que l'assassinat qui nous est montré dans cette préface clownesque,
c'est celui du professeur... à l'inverse donc de ce qu'avait initialement prévu l'auteur.
Le point de vue du metteur en scène Yves Sauton – qui sous son nom d'acteur (Erwan Alec), interprète le professeur – peut-il
battre en brèche peu ou prou la vision tragico-grotesque de Ionesco, ou encore y suppléer ? Voilà qui est tout à fait vraisemblable dans le cadre d'une oeuvre dadaïste, limite surréaliste,
où la dimension théâtrale n'intervient que pour lui donner sa part d'apparente gratuité, trompeuse, par rapport à la réalité extérieure... Derrière tout cela, il y a, en vérité, mais nous
le savions déjà, un regard extrêmement pessismiste sur le devenir humain.
Vanité des connaissances et de la culture...
Sur le plateau du théâtre, nous sommes en un lieu surréaliste où, comme dans les cartoons hollywoodiens,
tout peut arriver, même et surtout l'inattendu et l'improbable... Les gags viennent à point pour ponctuer et renforcer çà et là l'absurdité des situations, des dialogues et surtout du
contenu pseudo-pédagogique de cette fameuse leçon. Ils répondent au slapstick verbal du texte. Ionesco avait déjà traité de l'inanité du discours. Ici, c'est de celle de
la culture même dont il est question. Face aux instincts humains, face à l'état de guerre qui règne à l'extérieur, en coulisses, et même aux douleurs d'une banale rage de dents, la
culture
est impuissante à changer quoi que ce soit et surtout pas à délivrer l'individu de ses peurs et de ses pulsions destructrices envers lui même et ses semblables.
Cette conception hautement subversive, irréaliste sinon irréelle, de la dérisoire condition humaine est magnifiquement mise en évidence par les trois
interprètes : Julie Arcq (la bonne), Christine Eckenschwiller (l'élève) et Erwan Alec (le Professeur). Tous trois se livrent à un véritable marathon théâtral qui, le plus
souvent, force l'admiration.
Henri LÉPINE (Rue du théâtre/La marseillaise)
Les Ateliers d'Amphoux, 10, 12, rue d'Amphoux, Avignon.
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 16h20.
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